L’assassinat du roi le 14 mai 1610 intervient alors que l’image d’Henri est ternie par ses préparatifs de guerre contre des puissances catholiques, l’augmentation des impôts et ses dérives passionnelles. Pourtant, le choc provoqué par le geste de Ravaillac vient paradoxalement libérer Henri IV de son impopularité. Comme le note Jean-Pierre Babelon, une véritable transfiguration s’opère alors. Elle assure la pérennité du souvenir, comme si le roi naissait une seconde fois. La douleur, la peur de l’inconnu poussent les Français à réviser leur jugement, se remémorant soudain les qualités du grand roi.
Tous les poèmes, harangues et discours écrits immédiatement après l’assassinat sont
imprégnés de la volonté d’honorer le souverain vertueux. Tous, comme les Vers sur
le Trespas de Henry Le Grand (publiés en 1611), insistent sur la douleur, l’œuvre et
surtout la dimension héroïque d’Henri IV, « ce grand et puissant Roi, à qui les dieux
amis avaient, de l’Univers, l’Empire un jour promis […] ».
[…] ». Catherine de Parthenay,
poétesse et dramaturge calviniste, déplore la mort d’un roi qu’elle a pourtant critiqué
au moment de l’abjuration : « Hélas ! Puisqu’il est vrai qu'il a cessé de vivre / Ce prince
glorieux, l'amour de ses sujets / Que rien n'arrête au moins le cours de nos regrets /
Ou vivons pour le plaindre, ou mourons pour le suivre ».
Les oraisons funèbres prononcées dans les églises et les temples à l’occasion des funérailles, et jusqu’à l’anniversaire de l’assassinat en 1611, sont aussi l’occasion de dresser le panégyrique d’Henri IV, nouveau Christ sacrifié, nouveau David, successeur des rois bibliques mais aussi héros de batailles, chevalier et roi Très Chrétien. « En perdant un Roy, nous gagnons un Saint comme nous l’espérons » écrit le Père Binet dans l’une d’elles. Ces oraisons sont le creuset dans lequel se fondent la légende et le mythe, perpétuant pour les générations suivantes l’image d’un souverain héroïque et pacificateur.