L’expression « Nouvelle-France », forgée par Samuel de Champlain, désigne les possessions françaises d’Amérique du Nord, dont les premières furent explorées au XVIe siècle.
Le projet de création d’une colonie de peuplement française en Amérique du Nord est d’abord lié à l’intérêt personnel d’Henri IV pour les choses de la marine. Tout en créant une flotte de galères pour sécuriser le littoral méditerranéen terrorisé par les corsaires turcs, Henri s’enthousiasme pour les exploits de Francis Drake, premier Anglais à effectuer un tour du monde. Il va jusqu’à commander son portrait et une carte de son périple.
L’aspect économique est également primordial. Henri saisit très tôt l’intérêt de la création d’un empire colonial, car il est bien placé pour mesurer l’importance stratégique de l’or des colonies espagnoles. Ce souci correspond en outre aux théories économiques en vogue à l’époque. Le mercantilisme prônait en effet un enrichissement des nations par le développement du commerce extérieur dont l’expansion coloniale pouvait être un des vecteurs.
La volonté de combler le retard de la France vis-à-vis des autres grandes nations européennes a pu jouer. L’Espagne et le Portugal bien sûr mais aussi l’Angleterre et même les Provinces-Unies avaient une ou plusieurs longueurs d’avance dans ce domaine en ayant constitué des empires coloniaux, pour l’essentiel en Amérique.
Enfin, il existait une certaine tradition française des voyages vers l’Amérique au cours des règnes précédents. Sous François Ier, c’est Giovanni de Verrazano qui, suivant en cela les routes empruntées par les marins basques et bretons, explora les côtes situées entre la Floride et Terre-Neuve en 1524. Sous François II, l’effort porta ensuite plus particulièrement sur le Canada, avec les voyages de Jacques Cartier (3 entre 1534 et 1542) et de Roberval (Jean-François de la Rocque de) en 1542, qui n’ont pas été réellement couronnés de succès. Enfin, sous Henri II, en 1555, c’est Villegagnon (Nicolas Durand de) qui tenta d’établir une « France Antarctique » au Brésil, éphémère colonie de peuplement destinée aux huguenots.
Toutes ces raisons expliquent que le règne d’Henri IV soit jalonné de multiples expéditions, dont certaines seulement atteignent leurs objectifs.
L’échec de la Compagnie des Indes orientales instituées en 1601 et 1604 ne trouble pas l’intérêt porté par Henri à l’outre-mer. Son attention est plus particulièrement attirée par le Canada, terre propice à l’expansion car située hors de l’aire d’influence des principaux concurrents. Dès janvier 1598 Henri remet à Troilus de La Roche de Mesgouez des lettres patentes le nommant « lieutenant-général ès dits pays de Canada, Hochelaga, Terre-Neuve, Labrador, rivière de la Grande Baye de Norembègue et terres adjacentes des dites provinces et rivières, lesquels étant de grande longueur et étendue de pays, sans icelles être habitées par sujet de nul prince chrétien (...) ». La tentative de ce dernier d’établir une colonie de peuplement sur l’île de Sable est pourtant un échec. Le projet est repris en 1601 par un capitaine normand, Pierre de Chauvin de Tonnetuit, à Tadoussac. Là encore, l’expédition est mal préparée et insuffisamment soutenue. Le revers est patent.
Malgré ces déconvenues et le peu d’enthousiasme de son entourage, Henri IV ne renonce pas. Au contraire, il aime à connaître l’avancement des expéditions et rencontre des indigènes du Canada ramenés en France. En 1603, une compagnie de commerce est créée. La malouin Pont-Gravé et le brouageais Samuel de Champlain, deux capitaines de la Marine royale, s’engagent avec pour mission d’explorer les rives du Saint-Laurent. Une carte est établie et présentée au roi au retour. Encouragés par la réussite de ce voyage, ces deux hommes, escortés de Poutrincourt et sous l’égide d’un nouveau lieutenant général, Pierre du Gua sieur de Mons, repartent en 1604 pour établir une colonie permanente en Acadie. L’endroit choisi, l’île Sainte-Croix, se révèle finalement peu propice : au cours du terrible hiver 1604-1605, 35 des 80 hommes meurent du scorbut. La décision est prise de déplacer l’habitation l’année suivante. Champlain et Pont-Gravé jettent leur dévolu sur Port-Royal (aujourd’hui Annapolis), situé dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Lors d’une nouvelle expédition, Champlain crée, le 3 juillet 1608, Québec, nouvelle « habitation » en amont du fleuve Saint-Laurent.
Si le règne d’Henri IV marque véritablement le début de l’occupation européenne continue du Canada, il faut attendre la fin du règne suivant pour voir s’épanouir ces colonies de peuplement embryonnaires.